Peut-il ne plus y avoir d'eau douce?

 "Thousands have lived without love, not one without water ."  W.H.Auden        

(Des milliers de gens ont vécu sans amour, pas un n'a vécu sans eau.)

PEUT-IL NE PLUS Y AVOIR D'EAU DOUCE?

 

 

  "Les réserves d'eau douce pourraient disparaître d'ici un siècle."

 Encore un scénario catastrophe, comme on en entend beaucoup ces dernières années... Oui, mais? Eh bien c'est ce qui pourrait bien arriver. Comment risque-t-on d'en arriver là? Comment y remédier? Nous allons tenter de répondre à ces questions.

 

I.  Le problème

  L'eau n'est pas une énergie renouvellable. Gaspillées, surexploitées, les réserves de H2O sont en danger: on croyait le liquide vital inépuisable, on le considérait, non pas comme un don, mais comme un dû, il était impensable de manquer d'eau. Il était. Car cela va changer, et du tout au tout. La pénurie approche.

            1.  Le problème actuel

  Aujourd'hui,le problème hydrique est ignoré dans les pays développés : qui a, ici, déjà songé à  la quantité d'eau utilisée par son lave-vaisselle? Mais le problème est déjà présent : non seulement y a-t-il un manque d'eau dans les pays sous-développés, mais on assiste aussi à une pollution de l'eau douce, pollution industrielle ou due à l'absence d'égouts : les populations locales se voient dans l'obligation de se servir des ruisseaux comme toilettes.

            2.  Les risques cachés

  Ce n'est pas tout : les occidentaux, qui se croient à tort au-dessus de la crise, achètent parfois de l'eau en bouteille contaminée, ou utilisent des douches infectées! Ainsi, les gens peuvent boire de l'eau sans se douter qu'elle contient du combustible pour fusée! Personne n'est réellement à l'abri ; il ne faut pas tendre à la psychose collective, mais bien se rendre compte que "ça n'arrive pas qu'aux autres".

            3.  Les perspectives d'avenir: un scénario plausible mais pas inéluctable

   Bien sûr, si rien n'est fait, ceci ne peut qu'empirer. Nous expliquerons les solutions envisageables ci-après, mais à présent, imaginons quelque chose...

   2109. La planète Terre est recouverte à 70% d'eau salée, mais l'eau potable est plus rare que le pétrole. Les scientifiques travaillent d'arrache-pieds pour découvrir de nouveaux gisements, traiter les eaux usées, désaliniser l'eau de mer...mais il est bien trop tard. Des guerres éclatent pour la possession de "l'or bleu" ; des régimes totalitaires se mettent en place dans les pays en difficulté, terrorisant les populations tributaires de leur apports vitaux ; les parricides ne se comptent plus, les besoins en eau étant plus importants que tous rapports humains, ne faisant qu'engendrer un partage plus important des ressources ; des multinationales profitent de la crise pour faire s'envoler le cours de l'eau. ------ 2509. La population humaine n'est plus, seuls subsistent les petits organismes, nécessitant moins d'eau.

   Cette vision est, certes, très pessimiste ; mais il faut agir. Et vite.

          4.  Les zones les plus à risques

   Pour l'instant, les régions les plus en danger sont bel et bien les pays sous-développés, économiquement en difficulté : déjà, la mauvaise distribution de l'eau entraîne une absence d'eau courante dans ces zones, les populations ont donc du mal à accéder aux ressources pourtant présentes ; c'est également là que la pollution hydrique fait le plus de victimes, fait que nous développerons tantôt.

 

 II.  Les causes

          1.  Causes naturelles                                                   

    Les sécheresses sont évidemment une cause majeure d'épuisement d'eau douce. Faisant s'évaporer les cours d'eau, asséchant les nappes d'eau souterraines, ces irrégularités climatiques font bien du tort aux réserves. 

    Selon le bureau de recherche géologiques et minières (BRGM), la sécheresse et la fameuse canicule de l'été 2003 ont entraîné une baisse record du niveau des fleuves et des nappes phréatiques en Europe. Une baisse "particulièrement longue et amplifiée par d'importants prélèvements."

 

           2.  L'Homme

        a.  Assèchement des nappes souterraines

   Même si la sécheresse n'a pas arrangé l'état des nappes d'eau souterraines, celles-ci sont surtout victimes d'une exploitation excessive. Ainsi, dans un rapport publié en juin 2003, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) tire la sonnette d'alarme : les nappes d'eau souterraines, dont dépendent deux milliards de personnes pour l'alimentation et l'irrigation, sont soumises à « une pression de plus en plus intenable ».

  Ces réservoirs naturels, qui renferment près d'un tiers des réserves terrestres d'eau douce, sont surexploités dans certaines régions du monde pour les besoins des grandes villes, de l'industrie et de l'agriculture. Parmi les pays concernés, le PNUE cite l'exemple de l'Espagne, où plus de la moitié des 100 aquifères (réservoirs d'eau souterrains) recensés sont soumis à une exploitation excessive. Au Mexique, le nombre d'aquifères surexploités est passé de 32 à 130 en 25 ans. Dans le Midwest américain, le niveau de la nappe phréatique a baissé en moyenne de trois mètres ces dernières décennies.

   Autre problème : la pollution. Pesticides, bactéries, engrais et déchets industriels peuvent contaminer durablement les eaux. C'est le cas des nitrates utilisés en agriculture, qui s'infiltrent dans le sol, polluent les nappes phréatiques et peuvent se révéler nocifs pour la santé. En fait, comme le précise la revue scientifique La Recherche, le taux de ces nitrates est l'objet de toutes les attentions mais c'est seulement lorsqu'ils sont transformés en nitrites qu'ils deviennent toxiques: ingérés et transformés par de micro-organismes réducteurs, les nitrates deviennent nitrites, et peuvent changer l'hémoglobine du sang en méthémoglobine, incapable de transporter l'oxygène du sang aux cellules.

 

 

        b.  Le problème des besoins domestiques quotidiens

   Un autre enjeu de taille pour les années à venir est celui de la satisfaction de l’ensemble des besoins en eau potable de l’humanité. Aujourd’hui, déjà un habitant sur cinq n’y a pas accès. Or, selon l’ONU, sur les 33 mégapoles de plus de 8 millions d'habitants qui existeront dans 15 ans, 27 seront situées dans les pays les moins développés et donc les moins à même de pouvoir répondre aux besoins. En outre, même si de légères diminutions de la consommation en eau sont observées depuis quelques années aux États-Unis et en Europe, les prévisions sont alarmistes, avec 40 % d’augmentation de la consommation municipale et domestique dans les 20 ans à venir.

        c.  Le problème de l'agriculture

   L’un des problèmes majeurs en matière d'eau douce et d'alimentation humaine est posé par l’irrigation, car pour nourrir toute la population de notre planète, la productivité agricole devra fortement augmenter. Alors que l’irrigation absorbe déjà aujourd’hui 70 % des prélèvements mondiaux, une consommation jugée très excessive, celle-ci devrait encore augmenter de 17 % au cours des 20 prochaines années. Le facteur déterminant de l'approvisionnement futur de l'humanité en eau douce sera donc le taux d'expansion de l'irrigation. Autrement dit, seule une nette amélioration de la gestion globale de l’irrigation permettra de réellement maîtriser la croissance de la consommation.

   L'agriculture, en plus de l'irrigation, pose également le problème de la pollution : premièrement, la lutte contre les organismes tueurs de récoltes entraîne directement un déversement de pesticides, mauvais pour l'environnement : à la base créés dans un but louable, les pesticides sont un groupement de produits luttant contre les insectes ravageurs (insecticides), les champignons (fongicides), les "mauvaises herbes" (herbicides) et les vers parasites (parasiticides). Cependant, ils ont un fort impact sur l'environnement et la santé. Se mêlant à l'eau, l'air, les brouillards, la pluie, ils favorisent cancers, malformations congénitales, problèmes d'infertilité, problèmes neurologiques et affaiblissements du système immunitaire.

         d.  Les industries

   L'agriculture et les industries se partagent à elles seules 90% des ressources en eau: les besoins individuels sont loin derrière... Ces industries, non contentes d'utiliser des quantités impressionnantes d'eau, polluent : de nombreux cours d'eau de par le monde sont infectés de rejets organiques ou chimiques. Cependant, ce type de pollution est en nette régression, dans les pays développés.

         eLa privatisation de l'eau

   La cause la plus "artificielle", et peut-être la plus révoltante, du manque d'eau est la privatisation du commerce de l'eau par de grandes multinationales : elles s'appellent Suez, Véolia, RWE, SAUR, Vivendi, et font de l'argent d'une ressource vitale, que certains à présent ne peuvent plus se permettre économiquement. Explication : dans certains pays sous-développés, l'approvisionnement en eau se fait de la sorte: on insère une pièce dans un mécanisme qui entraîne la coulée d'un robinet, et encore, pas toujours... Dans ce dernier cas, les populations se voient dans l'obligation d'acheter de l'eau en bouteille, très chère.

 

             3.  Stress hydrique

   La population mondiale devrait passer de 6,7 milliards d'individus en 2009, à 8 milliards en 2025. La quantité moyenne d'eau douce disponible par habitant et par an devrait donc chuter de 6 600 à 4 800 mètres cubes, une réduction de presque un tiers. Si parallèlement la tendance actuelle à l'augmentation des prélèvements en eau se poursuit, entre la moitié et les deux tiers de l'humanité devraient être en situation dite de stress hydrique en 2025, seuil d'alerte retenu par l'Organisation des nations unies (ONU) et correspondant à moins de 1700 mètres cubes d'eau douce disponible par habitant et par an. Le risque d’une pénurie d’eau douce existe donc bel et bien.

 

III. Solutions

             1.  Comment faire face?

   Mieux gérer la demande en eau est aujourd'hui une priorité : on estime qu'au moins un tiers de l'eau prélevée dans le monde est gaspillée (fuites dans les réseaux d'approvisionnement, irrigation excessive en agriculture…). Dans son rapport, le PNUE préconise notamment de limiter l'activité agricole dans les pays pauvres en eau, et de promouvoir pour l'exportation d'autres activités moins gourmandes en eau « comme la fabrication de briques ou le textile ».

   Des projets de transferts d'eau entre pays ont été envisagés, notamment entre la France et l'Espagne (par un canal qui apporterait l'eau du Rhône en Catalogne), pour lutter contre l'inégalité des pays devant les ressources en eau. Celles-ci varient de moins de 100 m3 à plus d'un million de m3 par personne et par an, selon la région du monde. . Mais ces projets se heurtent souvent à des problèmes géopolitiques.

 

             2.  Rendre potable l'eau non potable

   Il ne s'agit pas de purifier l'eau, mais bien de la rendre adéquate à la consommation. L'eau que l'on boit n'est nullement pure, mais contient des ions (calcium, magnésium...).

          aRecyclage, stations d'épuration

   Les usines de traitement des eaux telles Vivaqua ont pour but de recycler les eaux de fleuves comme la Meuse, afin de constituer un micro-cycle de l'eau: l'eau sale, légèrement filtrée dans les égouts, s'écoule dans les cours d'eau, avant de rejoindre l'usine, où plusieures étapes de traitement rendront l'eau adaptée à la consommation. Le terme d'épuration est inexact, comme nous l'avons écrit plus haut : une station d'épuration est semblable à une usine de traitement des eaux, à ceci près qu'elle filtre l'eau dès la sortie des égouts, pour la rejeter dans les cours d'eau - l'eau passera ensuite à l'usine de traitement des eaux avant de pouvoir être bue. Le fonctionnement de ces stations est constitué de  étapes: l'eau entre par une grille, traverse un premier filtre, est pompée, s'écoule, puis vient la pré-ozonation, la coagulation, l'ozonation et la post-filtration.

          bRécupération de l'eau de pluie

    Il est possible de récupérer l'eau de la pluie dans des citernes. Ce procédé est essentiellement employé pour un usage domestique, pour la chasse d'eau des toilettes par exemple - l'eau récupérée n'est pas forcément potable, ceci à cause de la pollution atmosphérique.

          c.  Dessaliniser l'eau de mer, utiliser les glaciers

   Les progrès technologiques permettent aujourd'hui de puiser l'eau là où elle est la plus abondante : la mer. Des usines de dessalement transforment l'eau salée en eau douce consommable. C'est le cas par exemple à Malte (où plus de la moitié de l'eau douce provient du dessalement) et dans les pays du Golfe. Mais le dessalement reste une solution très onéreuse. Il est également possible de récuperer des glaciers venant de l'Arctique, constitués d'eau douce, selon certains procédés développés par le groupe "l'eau accessible à tous"...

         

            3.  De l'eau douce au fond de la mer

    Il existe au fond des mers de véritables sources d’eau douce, issues du jaillissement de rivières souterraines. Ces sources peuvent-elles être exploitées par des pays en manque d’eau ? Une expérience a été tentée avec succès en juillet 2003 à moins d’un kilomètre des côtes françaises et italiennes, au large de Menton et Vintimille. Une société spécialisée, Nymphea Water, a réussi à capter la source de la Mortola, à 36 mètres de profondeur. Le système doit être testé pendant un an. Reste que de telles sources offrent des quantités d’eau modestes à l’échelle des besoins d’un pays (en France, les eaux souterraines marines ne représentent que 1,5 % de l’ensemble des eaux souterraines) . De plus, la technique d’extraction est coûteuse.

 

            4.  Moderniser les outils de consommation

    Il faut également songer aux outils  de consommation utilisés : lave-vaisselles et autres, chez soi, devraient utiliser le minimum d'eau ; en agriculture, il s'agirait de développer un système d'irrigation au goutte-à-goutte, sans délaisser la rapidité - le goutte-à-goutte traditionnel serait tout simplement inenvisageable sur de grandes surfaces. Ceci, pour l'instant, ne sont que des projets.

 

    Les ressources en eau de la Terre sont en danger mais il existe des solutions pour empêcher la pénurie absolue. Le problème? il faut les réaliser... Autrement dit, l'Homme doit se réveiller tant qu'il le peut!!

 

 

Louis-Josselin Lavier-Aydat/ Nicolas Prost 2°7

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